dimanche, 14 janvier 2007

Baillon de feu

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Je me sens baillonnée, étouffée, aspirée en dedans.

Une force terrible et inconnue m'engouffre,

noue ma parole, mes lèvres sont cousues à vif, sanglantes.

Je suis retranchée, murée derrière mes barricades.

Je "me" sauve comme je peux. 

La colère qui sourd quand elle vient me rend malade, je sombre toujours après les [moins] rares explosions, dans des états dépressifs, cela ne me libère pas, au contraire me ravage à chaque fois, et pourtant... elle est là, telle un volcan de vie, boule intérieure de feu et de sable brûlant qui me ronge. Véritable déflagration. Trop peu d'opportunités, voire aucunes, de libérer ma rage, qui elle, sait mieux se frayer un chemin sans tout détruire comme un ouragan sur son passage. Elle peut donc être libératrice et force motrice... rarement !

Je sens comme une urgence impérieuse à me-taire-à-m'isoler alors que je ne fais que vomir une lave en dedans avec laquelle je m'étouffe, comme si je ne pouvais déverser vers l'extérieur cette coulée, énergie nucléaire renversée, implosion.

Je me sens dans ma prison, mais j'évite ainsi mille autres prisons bien plus risquées à la confrontation de mon noyau précieux avec autrui, l'Autre qui risque de me prendre en otage, de salir ou d'abimer mon bien le plus précieux, cette pousse fragile que je couve... Je préfère m'emprisonner que d'être emprisonnée, me baillonner que d'être baillonnée. A chacun sa protection préférée... Il est des jardins si prodigieux, si rares et si convoités peut être, que des remparts sont nécessaires. Il est des prisons vitales pour couver le feu.

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Traversée d'une douloureuse période de repliement, je me renferme, ce réflexe dépressif de survie acquis il y a si-longtemps-bien-trop-longtemps... Je me suis ralentie, j'inspire la vie à toutes petites goulées sifflantes, avec mille précautions, craignant quelque défaillance du tout nouveau filtre trop délicat mis récemment en place, aux mailles bien trop étroites, faille qui laisserait encore passer quelque poison toxique. Tout me bouleverse et me renverse, tout me bouscule et me terrasse, hagarde, fétu embarqué dans les tourbillons des-autres-qui-vont-vite-automatiques, dans les bas côtés des grands chemins de passage... les autoroutes de la société.

Je suis sans défenses, tortue sans carapace, c'est le temps de l'hibernation. Je m'auto combuste, pour ne pas laisser les autres me détruire, comme je les ai laissés faire toute ma vie. A chacun sa survie !

J'ai pourtant une croyance que dans cet obscur et douloureux noyau magmatique, je cultive souterrainement les fruits de ma résilience... J'ai survécu jusqu'ici, c'est ma meilleure assurance, ma plus grande certitude : j'ai su faire, sauver ma flamme retranchée dans les tréfonds, à des moments où je ne me savais même pas consciemment en danger de mort.

Une différence essentielle, c'est qu'à présent tous ces processus sont conscients. Douloureux, mais conscients.

 

Merci à LTDS de m'avoir donné ce matin - en la lisant - l'impulse d'écrire ces mots malgré le baillon. Merci aussi à ma Castafouille, à Béa, à celles (et à ceux, très rares) qui voient derrière ma souffrance projetée sur grand écran celle que je sais être, que je voudrais devenir, qui a envie d'exister au grand jour, une pulsion vitale tellement folle et puissante qu'elle n'ose pas, encore en sourdine, qui se baillonne à cause des dangers. Et si je me faisais confiance que je procède ainsi parce que je sais me protéger ainsi depuis la nuit de mes temps !?

 

Commentaires

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Ecrit par : Spleen | samedi, 20 janvier 2007

*_*, [°!°], ^_^, ^v^

Même quand tu dis rien [en mots], ça marche aussi, Mahâme L'Amour curieux des autres... :o) Je me sens très proche de ce Narcisse qui semble figé là, prêt à tomber de stupéfaction dans son reflet... ;-) Ou peut être y verra-til aussi, et enfin, le reflet de ceux qui se trouvent à coté de lui ?

Les écouteurs vissés entre mes yeux qui se ferment, j'écoute en boucle depuis 30mn une pluie de douceur qui descend doucement et envahit et fait vibrer tout ce qui existe de beau en moi...

Ecrit par : Fée | lundi, 22 janvier 2007

J'écris ici juste parce qu'au dessus il y a un chien bizzzaroïde...j'ai plus l'habitude des théos mais je ne veux pas lui briser l'os de son moral (quoique ça m'étonnerait en fils pro-digne de sa maîtresse il sait... je parle de Théo, ce qu'il faut partager...pour vivre en liberté...)
Il y a les croquettes multi-vitaminées mais pas encore les épicées celles qui te baillonnent à coup sûr de mots en feu dans la bouche...Bon je m'amuse et ça me fais du bien ici parce que j'ai pas de chien que celui de mes voisins...
Bon...Fée porte-toi bien...
Bisous
Vé.

Ecrit par : LTDS | mercredi, 24 janvier 2007

Entendue au cours d'une conférence cette phrase qui est restée à jamais gravée en moi : Ce à quoi je résiste, persiste".

Baillonner une colère est le plus sur moyen de la voir exploser lorsque la goutte d'eau fera déborder le vase.
Mais au contraire, accueillir cette colère, la regarder, ne pas la juger puis la laisser partir ... mais aussi peut-être d'essayer de comprendre d'où vient cette colère...
bref... plein de moyens existent... pourquoi rester seule face à elle ?

ça me rappelle que je comptais mettre en ligne une technique apprise au cours d'une formation "gestion de ses émotions" qui pourrait servir à d'autres ... à suivre donc ;-)
(je dois déjà avoir d'ailleurs quelques "trucs" dans mes archives et aussi sur la dépression dans la rubrique "spiritualité")

bon courage

Ecrit par : Véro | samedi, 24 février 2007

Chère Véro
Merci de tes commentaires... Tu es bien la plus fidèle en ce lieu (comme ailleurs) où je me fais complètement silencieuse ! ;-)
Cette note est ancienne, et je traversais un passage dépressif profond, qui m'a appris beaucoup ! (ces deuils qui ne se disent pas...)
Je ne "reste pas seule" avec ma colère, j'ai un extraordinaire thérapeute (heureusement) !
Vois-tu, lorsque ce sentiment a été interdit très tôt, appris comme tel, avec danger majeur à la clé, et lorsqu'aujourd'hui il se trouve que la colère (voire pire) s'exprime contre son propre enfant, celui là même que l'on a abandonné, il y a un singulier, douloureux et terrible dilemne... La colère peut se vivre comme impossible à exprimer, parce que destructrice pour la personne envers laquelle on la vit, car on l'aime - et qu'on veut la protéger - aussi ! La culpabilité là aussi peut faire également des ravages...
En tout cas je suis "preneuse" des éléments d'archive que tu évoques !
Je t'embrasse fort :o)

Ecrit par : Fée | jeudi, 01 mars 2007

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