vendredi, 17 novembre 2006
Le Noir (détournement)
Dès sa première visite, Zobia le repère. Il lui a tapé dans l'oeil. De l'autre côté de la rue. Bien déshabillé, de saison. Il est là, il s'impose.
Sans lui certainement elle ne l’aurait peut être pas choisi, cet appartement. Ça a été l’un des signes encourageants qui lui ont soufflé un petit « oui », malgré l’espoir d’être sage, son essoufflement dans les lourds devoirs conjugaux du passé. Poser ses strings en un lieu porteur d’un « possible », malgré sa folie ambivalente. Elle l’avait vu cet appel de la testostérone, un feu noir…
Noir. Lui.
S’il pouvait les voir, sa bouche, son ventre palpitants. Les cuisses, les seins de Zobia… elle aurait vraiment aimé que ses fenêtres donnent à seulement 10 mètres sur sa salle de bains, entre deux immeubles, condamnant délicieusement la perspective… Le Noir est somptueusement et à vrai dire un peu négligemment paré... de sa serviette de bains en ce premier été, dans cette nouvelle ville, pour cette nouvelle vie. Juste devant sa fenêtre, un toit complaisant laisse deviner le sommet fourni de son anatomie. Pour Zobia, en quête de repères, végétation est synonyme d’intangible renouveau.
Noir intense et sombre de sa peau vierge, car il se croit seul, dans la pleine exubérance de cet été là. Un tapis épais de peau de zébu orne magnifiquement le sol chez lui, lorsqu’il se caresse d’une main soigneuse.
A l’automne qui suit, une incroyable magnificence s’offre aux yeux de Zobia, l’humeur chamarrée du Noir passant de l’ardeur solitaire intense au rouille sombre des ébats charnels, dualités flambantes de roses et des jaunes d’or de cette blondasse qu’elle rage de ne pouvoir remplacer.
Ce flamboiement s’étiole comme une pelade avec l’hiver, par manque de lumière, obscurité que Zobia scrute avec un mélange de fatalisme et d’espoir : Grâce au chauffage central, et à EDF, le Noir sera nu encore, mais aux éclats plus ambrés que noirs. Elle ne va pas le regretter car au printemps…... Au printemps, sa vitalité se fait plus élégante, plus tonique encore, sa branche serpente lentement vers elle dirait-on, conquiert jusqu’à la folie ses yeux et ses sens, virilité mue par la sève printanière. Zobia guette chaque nouvelle poussée, beau nœud fragile et mais trop lointain, dont elle a été jusqu’à surveiller la turgescence avec ses jumelles, incroyable tendreté… Une confirmation citadine du vit qui revient.
Souvent Zobia plonge son regard pour puiser au travers des vitrages un repos à son ardeur humide, le ventre à la dérive, aspiré vers le spectre vertical. Et elle s’apaise.
De son canapé, de son lit, elle laisse s’égarer ses mains dans sa touffeur mouvante, tâtonnant pour se libérer de ses nombreuses obsessions, quêtant au dehors un prétexte pour alimenter ses fantasmes, le vent écartant pour elle en vagues successives... le rideau de la fenêtre d’en face.
C’est son jardin sensuel, son contact avec la Nature, avec les muses de ses sens, son réconfort et une motivation pour supporter ce lieu qui abrite l'aridité de sa sécheresse amoureuse.
Cinq cycles de saisons ont passé, l’intangible ne s’est pas démenti. Quelque chose de beau, de vibrant et de stable dans la vie de Zobia…
Un soir à son retour, l’inimaginable : des volets ont été posés. Etanchement. La nouvelle est si choquante, obscène même, qu’elle ne le croit pas, adossée à sa fenêtre aveuglée !
Elle a ouvert sa porte, et elle l'a « vu ».
Nu.
Noir.
Excité.
Enthousiaste.
Un homme fougueux...
Tu as bien fait de rester, Zobia.
(NDLR : Toute ressemblance avec la note précédente... etc.)
19:55 Publié dans Plume de fée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal-intime












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